Sexualité des seniors : la fin d’un tabou
Face à l’allongement de la vie, la question de l’amour à tout âge se pose aujourd’hui avec force. En France, un habitant sur deux a plus de 55 ans. Et cette population a besoin d’assumer ses besoins physiques, légitimes et naturels. Pourtant, on ne vit pas l’activité sexuelle de la même manière après 50 ans. Un point sur la question s’impose…
- Un désir qui n’a pas d’âge…
On le sait, bien souvent, notre corps vieillit plus vite que notre esprit. C’est pourquoi le désir ne s’émousse que très lentement chez l’être humain. Les chiffres le prouvent. Une étude récente de l’Analyse des Comportements Sexuels en France, l’ACSF, a estimé que 86% des hommes et 64% des femmes de 50 à 69 ans ont eu au moins un rapport sexuel au cours du dernier mois et que 23% et 11% en ont eu au moins dix. Pour les personnes vivant en couple, 78% des femmes et 90% des hommes ont déclaré avoir eu un rapport ou plus durant le dernier mois.
- … Mais une activité moindre !
Si le désir reste présent années après années, c’est souvent le corps qui ne suit pas ces envies. Les seniors sont moins actifs dans leur vie amoureuse. Ils ont moins de rapports sexuels et sont dans l'ensemble moins satisfaits de leur sexualité. Ce sont les femmes qui, en fonction de l'âge, présentent l'infléchissement le plus marqué. Une baisse de l’activité physique liée à des problèmes physiques mais également à une pression sociale très forte. Le poids du tabou autour du sexe chez les seniors reste très élevé et les normes socioculturelles voudraient que cette activité se réduise naturellement, au fur et à mesure du temps. Et pourtant…
- La force des couples longue durée
La force de la sexualité des seniors réside en grande partie dans la longévité de leur couple. Et la retraite est, contrairement aux a priori, le moment idéal pour développer tout l’amour que l’on a pour son partenaire. On parle parfois de la « glorification maritale », une période d’épanouissement sexuel. Cette lune de miel entre 60 et 75 ans n’est certes pas applicable à tout le monde puisqu’on assiste également à une augmentation des divorces après 60 ans (28% de plus chez les femmes et 39% de plus chez les hommes). Mais si les attaches ne rompent pas, vivre en couple dans cette tranche d'âge est le premier facteur de préservation de la sexualité. Et même de réactivation de cette sexualité !
- Le rôle des hormones chez les femmes…
Malgré toutes les bonnes volontés du monde, on ne peut pourtant pas ignorer les effets du temps sur la sexualité. La ménopause et l’andropause poussent forcément le couple à modifier ses habitudes sexuelles. Chez la femme, la baisse des hormones sexuelles peut induire sécheresse vaginale et perte d'élasticité des tissus. Ce qui augmente les risques d'infections, rendant parfois le coït douloureux et aboutit parfois à une baisse de libido. La solution la plus naturelle à ce phénomène reste le maintien d’une activité sexuelle régulière.
- Et chez les hommes…
Indirectement, la baisse des hormones féminines peut affecter le désir masculin. En effet, les phéromones d'une femme encore réglée titillent le cerveau archaïque via la capacité olfactive. En l’absence de menstruations, il convient de trouver d’autres moyens, plus « tactiles » d’éveiller le désir chez l’autre. L’homme doit également faire face à des soucis d’ordre physiologique : une baisse de la survenue et de la durée de l'érection, une diminution de la quantité de sperme ainsi qu'un allongement du temps entre deux érections (jusqu'à 24h). Là aussi, il convient, afin de maintenir une activité sexuelle en accord avec ses désirs, d’inventer de nouvelles pratiques sexuelles, plus orientées vers les caresses, la tendresse ou l’excitation d’ordre intellectuelle…
- Maladies et traitements
Certaines maladies liées à l’âge n’aident pas vraiment au développement d’une sexualité totalement épanouie. La détérioration des artères du pénis, sous l'effet de l'hypertension artérielle, ou l'altération de la conduction des nerfs de l'érection par le diabète peuvent altérer la sexualité en berne. Heureusement, la médecine ne cesse de trouver des solutions à ces importants désagréments de la vie quotidienne. Si les antihypertenseurs, antilipidiques, antidiabétiques ou antiulcéreux inhibent l'excitation sexuelle, il existe d’autres médicaments qui, eux, la stimulent. On pense forcément au Viagra. Mais il est également possible de demander des injections intracaverneuses ou des prothèses péniennes. Aujourd’hui, une sexualité en berne n’est plus une fatalité. Et chez les femmes, plus touchées par la baisse d’envies de sexualité avec l’âge, la DHEA se révèle un formidable booster de désirs ! Cette hormone, naturellement produite par l’organisme jusqu’à 45 ans, peut aider les femmes les plus âgées à développer une activité sexuelle plus importante (masturbation, rapports) et à ressentir une meilleure satisfaction sur ce plan. Quel que soit le traitement envisagé, il est indispensable d’en parler au préalable avec son médecin.
- Des mentalités qui évoluent
S’il est vrai que la société a du mal à accepter que les seniors puissent avoir une vie sexuelle épanouie sans pour autant en ressentir de la honte, les idées reçues ont la vie dure. Et les pratiques évoluent doucement mais sûrement, au rythme d’un vieillissement de la population qu’on ne peut pas éluder… Ainsi, ces quinze dernières années, les seniors ont repris le contrôle sur leurs corps, grâce à l’aide de la médecine entre autres, et ne se cachent plus pour s’aimer. Une étude américaine a même démontré que les femmes en couple de 50 à 69 ans déclaraient aujourd'hui 7,3 rapports par mois contre 5,3 en 1992. Une nette amélioration qui va dans le sens d’une plus grande liberté de chaque individu, quel que soit son âge…