Certains dentistes ont une dent contre les séropositifs

Certains dentistes ont une dent contre les séropositifs

Publié le 04 juin 2015 à 14:49

Un pourcentage important de dentistes refuseraient directement ou de façon détournée de soigner des patients porteurs du VIH : une enquête menée par AIDES, l’association française de lutte contre le sida.

Les dentistes feraient-ils de la discrimination avec leurs patients séropositifs ?

Chaque jour en France, des personnes vivant avec le sida se retrouvent face à des pratiques discriminatoires et des refus de soins de la part de certains professionnels de santé. Parmi ces professionnels, une spécialité se distingue particulièrement : la chirurgie dentaire.

L’association AIDES (association française de lutte contre le sida) a mené, en avril 2015, une enquête « test » auprès de  440 cabinets dentaires et chez 116 gynécologues, choisis aléatoirement dans 20 villes françaises.

Chaque cabinet dentaire ou de gynécologie a été contacté par une personne présumée séronégative, puis par une personne se présentant comme séropositive. Tous ces « faux clients testeurs » ont appliqué le même script standardisé : une demande de rendez-vous pour un acte médical banal, à savoir un détartrage ou un frottis. Seule différence, l'annonce ou non de la séropositivité.

Des résultats quelque peu surprenants 

Les résultats de cette enquête « test » sont assez édifiants : si un petit pourcentage de dentistes contactés ont refusé clairement de recevoir un séropositif, 1/3 des praticiens ont utilisé différentes techniques déguisées pour éloigner le demandeur de leur cabinet.

  • 3,6% de refus directs : "les gens comme vous vont plutôt à l'hôpital" ; "je n'ai pas le matériel nécessaire, désolé" ; "le docteur n'est pas formé pour ce type de patients" ; "je vous rappelle pour annuler. Le dentiste ne prend que des personnes recommandées"...
  • 30% de refus déguisés : "moi je ne peux vous prendre qu'en fin de journée, pour un côté pratique" "ah vous êtes séropositif ? Par contre je dois vous dire c'est 150 € pour un détartrage" "bon je m'arrangerai pour qu'il n'y ait personne après vous" "Il verra s'il peut vous le faire le détartrage, car ça fait beaucoup de saignements. Vous saignez beaucoup des gencives ces temps-ci ?";

Les gynécologues s'en sortent mieux

Les mauvaises pratiques restent relativement marginales en gynécologie. Parmi les 116 gynécologues testés, il a été relevé :

  •  6 % de refus de soins directs ou déguisés imputables au VIH
  • 17,2 % de discriminations et de disparités de traitement liées au VIH

Quels enseignements tirer de ces résultats ?

Les résultats de cette enquête « test » témoignent de l'ignorance de nombreux dentistes ou de leurs secrétaires médicales quant aux modes de transmission du VIH. Ils mettent en évidence les pratiques éthiques et déontologiques particulièrement discutables de certains professionnels de santé.

AIDES rappelle que les recommandations en vigueur préconisent le même protocole d'hygiène ou de désinfection pour tous les patients. « D'ailleurs, certains ignorent qu'ils sont séropositifs, et quand ils le savent ils ne sont pas obligés de le dire », s'étonne le président de l'ordre national des chirurgiens-dentistes, Christian Couzinou.

Au vu de ces résultats, il semble donc important que les professionnels de santé, et notamment les dentistes, soient mieux formés pour de meilleures pratiques et une garantie systématique de soins et de sécurité pour chaque patient, quel que soit son statut infectieux connu ou présumé.

- Publicité -

- Publicité -